Sommes-nous les patères de notre histoire?

Par Luc Breton
Animateur de week-ends thématiques
portant sur les comportements vestimentaires

- Rémi et Marie-Hélène sont amis depuis la petite enfance. Les parents de Marie-Hélène l’encourageaient à se démarquer tant par ses opinions que par son style vestimentaire. Ils lui ont toujours interdit le port d’un uniforme scolaire qui la rendrait trop anonyme et qui occulterait sa personnalité. Rémi l’enviait de jouir d’autant de liberté. Chez lui, le mot d’ordre était l’anonymat, le respect de la norme et se glisser dans le moule social. En optant pour un style lisse donnant une fausse impression de vertu, ses parents croyaient se mériter le respect des voisins et ainsi éviter les jugements. Toute une prescription que celle de sauver la face, sauver l’honneur et avoir une identité toute fabriquée. Ne pas faire de vagues chez l’un, créer un tsunami chez l’autre.

« Femme au chapeau jaune » - Picasso

Nous portons nos racines.

Est-ce là un élément important à notre équation vestimentaire? J’en suis convaincu. Jeanine se prive de porter du rouge parce que sa mère et ses tantes l’interdisaient. Micheline opte pour le pantalon au travail parce que la robe est le symbole de l’instrumentalisation de la femme et cela risque de la discréditer auprès de ses collègues. Martine arbore avec classe ses grands chapeaux hollywoodiens et ses verres fumés à la Jeanne Moreau. Sa grand-mère et elle se déguisaient pour un tout et un rien.

La compréhension de nos mécanismes est une étape cruciale pour expérimenter le changement vestimentaire. Cela implique de revisiter notre histoire, la source de nos habitudes, et ce qu’elles masquent. Relier, rattacher les fils qui nous unissent dans l’ensemble de nos actions, incluant se vêtir. Franchir des étapes qui n’ont jamais été faites afin de dénouer nos résistances et balayer les fausses croyances relatives à notre image. En entreprenant un travail d’archéologie personnelle sur ce sujet, vous constaterez comment certaines de vos habitudes vestimentaires sont le produit de la famille, d’un groupe ou de la société même.

Dans l’ensemble de votre histoire, considérez-vous que vos origines ont contribué à installer des bases solides ou au contraire ont-elles saboté votre rapport au vêtement? Quels sont vos doux souvenirs ou encore vos expériences moins heureuses dans votre éducation vestimentaire?

Laissez vos réponses en commentaire à ce message. On va jaser…

Luc

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Note du Spa Eastman : Luc Breton est analyste en comportements vestimentaires. La base de son travail consiste à explorer avec un individu ou un groupe, le sens profond des habitudes vestimentaires et ainsi établir le lien entre l’image, l’estime, le corps et les choix de looks. Formé en relation d’aide, il souhaite nous aider à mieux comprendre comment le vêtement doit être à notre service, comme outil de communication et de connaissance de nous-même. Parce que nous considérons que ce savoir peut contribuer à notre mieux-être et à l’amélioration de notre qualité de vie, nous avons choisi d’inviter Luc à animer des ateliers sur les comportements vestimentaires, dans le cadre des week-ends thématiques du Spa Eastman. Le prochain aura d’ailleurs lieu du 12 au 14 août 2011 : voir les détails de ce forfait.
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10 commentaires pour “Sommes-nous les patères de notre histoire?”

  1. Bonjour Luc,
    Ce fut un plaisir de faire votre connaissance au week-end fidélité du Spa Eastman.
    Votre analyse du vêtement suscite toujours des réflexions fort intéressantes.

    Celle des origines n’étant pas la moindre.
    Certes, nos habitudes vestimentaires relèvent de convictions familiales et sociales mais aussi psychologiques, religieuses, philosophiques ou encore scientifiques.

    Nos choix, (je préfère ce mot à celui d’habitudes), vestimentaires sont l’expression de de la création de soi: excentriques, conformistes, colorés, sombres,imitant le jour ou la nuit, ils vont du cri de révolte au chant de l’amour.

    Nos vêtements sont dans la durée comme le rêve du bonheur ou dans l’instant présent comme l’explosion de la joie. Il y a les vêtements nostalgiques, ceux que l’on désire…sources d’inspiration inépuisables.
    Peut-être enfin, que les vêtements sont comme des souvenirs…ils nous habillent l’âme.
    A suivre,
    Louise V., Montréal

  2. Bonjour Louise,

    Votre commentaire me touche profondément. Je le reçois comme un encouragement à poursuivre mon travail et il me ramène à ma mission initiale : «Aider les hommes et les femmes à se réconcilier avec leur corps et leur apparence».

    Votre texte est de la poésie. D’ailleurs, Cocteau disait que »Le vêtement poétise le corps»…

  3. Bonjour Luc,

    C’est vrai, comme dans bien d’autres domaines, lorsque je fais des choix vestimentaires, dans ma tête, il ressurgit les petites phrases assassines de ma mère. Il faut que je me rappelle que ces commentaires qui résonnent parfois en écho, sont ceux d’une personne aigrie qui n’a pas eu la vie qu’elle désirait. Aujourd’hui, j’arrive à faire taire cette voix-là et surtout je suis très prudente lorsque je parle à mes filles, je veux qu’elle soit fière d’elle, qu’elle soit bien dans leur peau. De la part de notre mère, on a toujours besoin d’un peu d’approbation. J’espère qu’elles voient dans mes yeux ma fierté peu importe ce qu’elles ont sur le dos.

  4. Il me revient à la mémoire ce souvenir de mon père arrivant à la maison (c’était en 1956) me remettant un sac de maganisage (et ce n’était pas son habitude)contenant une magnifique jupe d’été… et qui m’allait à merveille! Geste gratuit du père qui ose offrir un vêtement à sa fille: l’homme qui regarde sa fille comme une femme. Geste créateur sans doute qui a semé en moi le désir d’être belle… Désir renforcé par celui d’une mère qui aimait être bien vêtue. Je «porte» donc cette empreinte, tientée toutefois, au cours des ans, par les discours socio-moraux-religieux-éducatifs ambiants qui mesuraient les ouvertures, les fermetures, la hauteur et la transparence des vêtements sans mesurer, toutefois, les séquelles qui déshabillent l’âme de son corps!

  5. Élaine,

    Selon un sondage mené en 2007, «La moitié des femmes interrogées indiquent qu’elles auraient aimé que leurs mères leur parlent plus souvent d’image corporelle en grandissant. Inversement, près des trois quarts des mères interrogées (72%), espèrent ne pas avoir transmis leur propre insécurité à leur fille.»
    Et, selon Isabelle Huot – Docteure en nutrition, «L’insatisfaction corporelle des enfants n’est pas attribuée aux médias seuls, mais également à l’environnement de l’enfant qui joue un grand rôle sur l’estime de soi. On pense, entre autres, aux messages (directs ou indirects) reçus de la part des parents et de la famille, au fait d’avoir une mère préoccupée par son poids et à l’influence des pairs qui sont tous des facteurs associés à l’insatisfaction corporelle des enfants.»

    On ne peut parler de vêtement sans parler de corps, et d’estime, et de confiance et c’est ainsi que l’on nourrit la spirale de l’insécurité.

    Luc

  6. Denise B,

    Dans mon roman, un chapitre est consacré à cette période noire de Duplessis et du clergé au Québec. Maintes fois, j’ai vu les religieuses, non seulement interdire aux étudiantes des coiffures, des longueurs de vêtements et des couleurs mais les humilier et les ridiculiser publiquement, « sans mesurer, toutefois, les séquelles qui déshabillent l’âme de son corps » comme vous l’écrivez si bien.
    Loin de moi l’idée de faire le procès des méthodes d’enseignement de l’époque et de diminuer le travail des religieuses, mais force est d’admettre que certaines valeurs dites judéo-chrétiennes ont terriblement retardé notre éducation vestimentaire et saboté notre rapport à la beauté et la coquetterie.

  7. Jongleuses des mots ! Que c’est agréable de vous lire. Et toi Luc, si juste dans tes analyses, si pertinent et si réconfortant. J’ai besoin de temps pour décanter tout ça . Cela fait déclencher plein de choses. Ma réconciliation avec l’apparence et le corps à travers le vêtement est longue mais de mieux en mieux pour moi. Mais je vous reviens ….À suivre

  8. Linda,

    Je vous attends avec impatience pour la suite des choses…

  9. Très juste ce billet sur «les patères de notre histoire». Au fait, cette façon très prude de m’habiller (boutonnée jusqu’au coup, aucun vêtement cintré) je le dois à l’expérience que j’ai vécue au cours de ma carrière : toujours l’impression qu’on m’embauchait pour ma beauté et à peine pour mes compétences. Mes patrons me terrorisaient quand il m’arrivait de travailler en tête-à-tête avec eux. Aucun ne m’a violée, mais… aujourd’hui à 79 ans, je m’habille toujours aussi pudiquement. Heureusement, je n’en souffre plus du tout.

    Marielle

  10. Marielle,

    Votre commentaire serait pertinent quand je rencontre des groupes d’ados et que l’on débat sur les messages véhiculés par leurs tenues.
    Votre histoire est semblable à celles de nombreuses femmes, encore aujourd’hui, mais aussi de plus en plus à celles de jeunes hommes qui redoutent les prédateurs, comme quoi les looks peuvent être interprétés comme des signes d’ouverture ou de fermeture aux autres…

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